De Nice à Auschwitz

2mi6wp

Le général Otto Kohlermann et ses officiers à Nice en octobre 1943

Histoire de Nice pendant la deuxième guerre mondiale

Le déclenchement de la guerre contre l’Allemagne, le 3 septembre 1939, provoque le départ des unités stationnées à Nice pour le front du Nord-Est. Le 10 juin 1940, la déclaration de guerre de l’Italie contre la France provoque l’arrestation des fascistes italiens qui habitent à Nice. À la suite de la signature de l’Armistice du 22 juin 1940, le maire de Nice Jean Médecin se rallie au maréchal Pétain, le 6 juillet. En tant que sénateur, il vote pour que les pleins pouvoirs soient conférés au maréchal, le 10 juillet. 356 Niçois ont été tués au front, tandis que 4295 sont prisonniers.

Le préfet Marcel (II) Ribière arrive à Nice en septembre 1940 pour imposer « l’ordre nouveau » de Vichy. Il est secondé par la Légion française des combattants (LFC), dont le président départemental est Joseph Darnand. Le maire Jean Médecin est maintenu dans ses fonctions, le 13 mars 1941.

Des agressions antisémites ont lieu en juillet 1941 et en mai, juin et septembre 1942. Le gouvernement Laval déclenche une rafle de Juifs étrangers le 26 août 1942. 655 personnes sont arrêtés et internées à la caserne Auvare. 560 d’entre elles sont déportées à Drancy, le 31 août 1942.

Les premiers groupes de résistance sont constitués dès septembre 1940, au lycée de garçons (lycée Masséna). Les premières actions ont lieu en 1942. Le 14 juillet 1942, une manifestation réunit plusieurs centaines de personnes place Masséna.

À partir du 11 novembre 1942, l’armée italienne occupe la ville et accroit sa zone d’occupation en France. Grâce à l’œuvre du banquier juif italien Angelo Donati et du capucin Père Marie-Benoît les autorités fascistes freinent l’application des lois antisémites de Vichy.

La Résistance se poursuit. Le 14 juillet 1943, une manifestation d’un millier de personnes a lieu avenue de la Victoire et place Masséna. Sur la pression des autorités occupantes, Jean Médecin quitte la ville le 27 juillet 1943.

La capitulation de l’Italie, en septembre 1943, marque la fin de l’occupation italienne, mais le début de l’occupation allemande, particulièrement brutale. Le SS Alois Brunner arrive à Nice le 10 septembre 1943. Il organise, jusqu’au 15 décembre 1943, la déportation de 1820 Juifs vers Drancy. Après son départ, 1129 autres personnes sont déportées, jusqu’au 31 juillet 1944. Certaines organisations parviennent à sauver des Juifs. Le réseau Marcel, dirigé par Moussa Abadi, sauve ainsi 527 enfants avec l’aide de l’évêque, Paul Rémond.

À partir du 10 septembre 1943, à la suite de l’armistice signé entre l’Italie et les Alliés, la Gestapo entra donc à Nice et y organisa la traque des Juifs selon un plan pré-établi par Rôtke et Brunner. Les rafles furent pratiquées dans toute l’ancienne région d’occupation italienne avec une méthode, une intensité et une cruauté jusque là inusitées en France :

  • pour la Gestapo, la circoncision valait appartenance à la « race » juive ;
  • des « physionomistes » installés sur des voiturettes étaient chargés de repérer les Juifs dans les rues et de les arrêter ;
  • des rafles furent systématiquement opérées dans les hôtels et les meublés ;
  • des bandes organisées de dénonciateurs faisaient la chasse aux Juifs riches pour les dépouiller et prévenir la Gestapo qui venait les arrêter ;
  • les trains étaient méticuleusement contrôlés.

Jusqu’au 14 décembre, 2 500 Juifs furent arrêtés et détenus à l’hôtel Excelsior près de la gare de Nice où le docteur Abraham Drucker, médecin juif du camp de Drancy, transféré à Nice pendant trois mois, était chargé d’examiner les Juifs arrêtés.

27 transferts furent organisés de Nice à Drancy de septembre à décembre 1943 pour un total de 1 819 personnes. On estime le nombre de Juifs vivant ou réfugiés sur la Côte d’Azur en 1943 à 25 000.

Tadlewski Albert Israel : « klaviervirtuose »

C’est en faisant des recherches sur internet que je suis tombée par hasard sur le site : Nice Occupation

Albert Tadlewski était nommé dans les déportés. J’étais évidemment très émue ne connaissant rien de son histoire si tragique. Je contactais la personne en charge de ce site qui m’envoya cette fiche réalisée après guerre par le Comité d’histoire de la 2ème guerre mondiale.

169W6 P762-TADLEWSKI

Je fis d’autres recherches pour trouver ce document très poignant :

deportation

Il fut a priori arrêté le 11.09.1943 à Cannes, puis déporté 10.10.1943 (par Drancy).

Il est indiqué qu’il s’appelait Albert Israël Tadlewski, sa déportation était liée à ses origines juives.

Il était marié à Erminia Farinelli (et non Farinetti), et avait 2 enfants, il y a une erreur également sur sa date de naissance (1892 et non 1893).

Il parlait 5 langues : Allemand, Français, Polonais, Italien et Anglais

Visiblement, il a donné l’adresse de sa femme à Novara sur le Lac majeur, sans doute pour ne pas alerter les nazis sur sa maison de Nice.

Son adresse d’arrestation est peu visible, mais je crois lire Cannes boulevard Montfleury. Après échanges de mails, la responsable du site Nice Occupation m’a donnée une information importante, il semblerait que l’Hôtel Montfleury à Cannes était utilisé par la Gestapo.

TADLEWSKI_ANNUAIRE 1938 2

Annuaire 1938

TADLEWSKI_HYPOTHEQUE NICE

Registre des Hypothèques

Il serait sorti d’Auschwitz à la libération le 13.03.1945 mais serait décédé le 23.09.1945 à Bydgoszcz (Pologne). Il y a eu des morts à la libération des camps en particulier quand ils ont recommencé à manger normalement (des témoignages qui parlent de 80% d’entre eux). Il ne serait jamais revenu à Nice.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *